Le Pape Léon XIV en Algérie : construire la communion entre chrétiens et musulmans

« Il suffit d’un peu de foi pour affronter ensemble cette heure dramatique de l’histoire »
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Invité personnel du cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, lors du voyage apostolique de Léon XIV en Algérie, j’ai vécu ces grands moments comme un fils du pays, allant aussi voir ma maison familiale dans le quartier d’Hydra, où j’ai grandi après l’indépendance, ainsi que la clinique des orangers, où je suis né, et l’église Notre-Dame de Lourdes où j’ai été baptisé. Bien que n’ayant pas été sur place en tant que journaliste mais comme simple pèlerin, je vous propose ici une petite synthèse des interventions principales du Pape, afin de garder dans nos cœurs son message de paix. Pour résister à une certaine propagande messianique haineuse et sectaire, l’amitié entre croyants chrétiens et musulmans est plus que jamais à l’ordre du jour!

Le voyage de Léon XIV en Algérie, ode à l’amitié entre chrétiens et musulmans, a été la plus belle réponse à la guerre idéologique conduite par Donald Trump ainsi qu’aux intolérables critiques qu’il a adressées au chef de l’Église catholique. Enfermé dans ses délires de toute puissance, le locataire de la Maison Blanche avait en effet qualifié le Saint-Père de « catastrophique en politique étrangère », au soir du 12 avril, se mettant ensuite honteusement en scène dans le rôle de Jésus-Christ sur les réseaux sociaux, de façon blasphématoire.

Dans l’avion qui le conduisait à Alger le lendemain matin, le premier pape américain répliqua calmement, désireux seulement de « promouvoir la paix » : « Je n’ai pas peur de l’administration Trump ni de parler haut et fort du message de l’Évangile ». C’est en effet d’abord en ambassadeur de paix qu’il a été accueilli triomphalement en Algérie, prônant le pardon dès son arrivée, devant le Monument du Martyr : « La véritable lutte pour la libération ne sera définitivement gagnée que lorsque la paix des cœurs aura enfin été conquise ». Il souligna que « Dieu souhaite la paix pour toutes les nations », et que « cette paix n’est possible que par le pardon ». « Sur cette terre, carrefour des cultures et des religions, le respect mutuel est la voie qui permet aux peuples de cheminer ensemble », déclara-t-il encore.

Plus tard dans la matinée, s’adressant aux autorités civiles au Centre des Congrès Djamaa el Djazair, le Pape se présenta en pèlerin de la paix, rendant hommage au « profond sens religieux du peuple algérien », « secret d’une culture de la rencontre et de la réconciliation ». Évoquant de façon poétique « la Méditerranée, le Sahara et le ciel immense qui les surplombe », qui murmurent la grandeur de Dieu et sa présence mystérieuse, il encouragea l’Algérie à renforcer son identité particulière de « pont entre le Nord et le Sud, entre l’Orient et l’Occident », et à rejeter les « polarisations absurdes » que sont le fondamentalisme et le grand marché de la sécularisation, en favorisant une éducation à l’écoute et au dialogue.

L’après-midi de ce premier jour, Léon XIV rencontra l’imam de la Grande Mosquée d’Alger, se tournant avec lui dans un silence recueilli vers le mihrab, cette niche semi-circulaire qui selon le Coran symbolise le lieu où la Vierge Marie, « Lalla Myriam », se tenait dans le Sanctuaire, n’ayant besoin de rien car étant comblée par Dieu (Sourate 3, Verset 37). L’image des deux hommes en blanc de dos, regardant humblement vers une réalité qui nous dépasse, restera dans les annales de l’histoire comme un appel à la solidarité islamo-chrétienne sous le regard de Dieu.

En fin d’après-midi de ce lundi, la petite communauté catholique algérienne accueillait le successeur de Pierre dans la basilique Notre-Dame d’Afrique, où plusieurs personnes ont pu témoigner de la réalité locale faite de fraternité offerte et d’amitié partagée. Dans son discours, Léon XIV insista sur l’importance d’être une présence priante, citant saint Charles de Foucauld : « Priez beaucoup pour les autres. Consacrez-vous au salut de votre prochain ».

Il stimula la construction d’une « communion entre chrétiens et musulmans, sous le manteau de Notre-Dame d’Afrique », et fit mémoire à cet égard des dix-neuf martyrs d’Algérie morts aux côtés de leurs amis du pays, béatifiés en 2018 à Oran, bénissant une icône les représentant dans une chapelle latérale de ce sanctuaire marial, où ils continueront à être vénérés.

Le lendemain, mardi 14 avril, à Annaba, sur les pas de saint Augustin et dans la basilique qui porte son nom, le Pape célébra une messe mémorable, appelant les fidèles à « renaître d’en haut grâce à Dieu ». Pour faire l’expérience de la vie nouvelle qui vient de la foi, à l’exemple de saint Augustin, il proposa de « voir d’abord sa conversion avant de le considérer pour sa sagesse », et il rappela le rôle essentiel de sa mère, sainte Monique, dans le cheminement spirituel de l’un des plus grands penseurs de l’Occident. Il exhorta en conclusion les chrétiens d’Algérie à rester « un signe humble et fidèle de l’amour du Christ », en tissant inlassablement des liens d’amitié.

François Vayne

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